Rechercher
  • patrickpaugetauteu

Condamner une oeuvre...



Il y a peu, j’ai été interpellé sur Babelio par quelqu’un qui attirait mon attention sur le fait que l’auteur de l’ouvrage dont je faisais l’éloge était accusé, voire condamné, de harcèlement. Pour être plus précis, il s’agit de Sogyial Rimpoche, grand Maître bouddhiste et de son œuvre : Le livre tibétain de la vie et de la mort. Cette personne l'avait acheté, mais, apprenant les accusations pointant du doigt l’auteur, se refusait à le lire. Non contente de cela, elle m’invitait à prendre conscience des méfaits de celui qui l’avait écrit, espérant sans doute une réaction allant dans le sens de sa décision.


Cet exemple illustre parfaitement de nombreux autres cas où j’ai entendu dire que si un artiste est condamné pour des crimes, ou coupable, dans son attitude, de pensées largement critiquées et contestées à notre époque (machisme, antisémitisme, racisme, etc.), ses œuvres ne doivent plus être lues, vues ou écoutées.


Il me semble important de vous donner mon opinion sur ce sujet.


Pour commencer, je vais aborder le cas des personnes vivant dans un contexte particulier.

Les écrivains, les musiciens ainsi que tous les artistes qui un jour ont créé une œuvre qui a marqué l’Histoire, l’ont fait dans le contexte de leur époque.


Doit-on se priver des œuvres de ceux qui, comme des millions d’autres en leur temps, étaient antisémites ou racistes ? Si oui, nous devrons nous passer d’une bonne partie des écrits du 19ème et 20ème siècle. Pourtant, elles n’évoquent pas souvent ces notions honnies et sont le plus souvent des romans d’un grand attrait littéraire, pour ce qui est des ouvrages.


Doit-on ignorer ceux qui, pour défendre des idéaux politiques forts en leurs temps, les ont couchés par écrit avec foi, quitte à choquer ou exprimer la haine ? Il faudra alors tenter de comprendre Hitler et son 3ème Reich sans la majorité des textes qu’ils ont créés et qui expliquent le ciment de ce régime. Mein Kampf, tout comme la propagande de Goebbels -sans parler des films de Leni Riefensthal- sont des bases qui aident à appréhender l’Histoire. Les ignorer, c’est renoncer à admettre leur existence et autoriser d’autres à les reprendre à leur compte sans que personne ne fasse le rapprochement. L’œuvre est alors rattachée au devoir de mémoire qui m’est cher.


Maintenant passons aux artistes qui ont été condamnés pour des méfaits graves (harcèlements, sexuels ou pas, agressions, meurtres, etc) :


Nous vivons à une époque où de plus en plus de gens défendent des valeurs qui, jusque-là, n’étaient que peu suivies - je ne parle pas ici que du féminisme, mais également des autres types de harcèlement et d’oppression qui sévissent encore dans certains milieux - et bien souvent, via les réseaux sociaux, le peuple est invité avec fougue à censurer les créations d’une personne désignée et les jeter au feu.


L’image de la fournaise qui brûle des œuvres est tout à fait volontaire.


Si quelqu’un, quel qu’il soit, est jugé coupable d’un crime, alors il doit être condamné sans hésitation par la justice de son pays. Cela ne fait aucun doute. Mais cela étant dit, son œuvre doit-elle être jetée dans l’oubli ? Ne serait-ce pas renier des personnes qui ont réellement apporté à leur art, par leur talent et une vision des choses toute nouvelle ?


Je suis contre la drogue et ses méfaits, mais j’aime beaucoup les Stones, Queen, Led Zeppelin ou d’autres groupes qui sont connus pour leurs divers abus en la matière. Louis-Ferdinand Céline était un pétainiste antisémite, mais son œuvre est d’un grand apport littéraire. Faire la liste serait bien trop long et nécessiterait des pages entières.


Pour moi, une œuvre ne doit pas être jugée coupable et être ignorée, mais au contraire étudiée avec soin en connaissance de cause. Et surtout, gardons en tête le contexte, car il explique bien souvent les choses.

41 vues